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Sabio Tarot · Histoire et curiosités

Comment lire un ancien catalogue de cartes à jouer sans confondre modèle et exemplaire

Trois dos de cartes imaginaires aux motifs différents près d'une chemise d'archives.
Trois dos de cartes imaginaires aux motifs différents près d'une chemise d'archives. Il s'agit d'une illustration originale, non d'un tirage réel ou d'un jeu historique. Image illustrative originale ; elle ne documente pas un tirage réel et ne reproduit pas un jeu historique.

Une notice de catalogue peut sembler une succession aride de champs : titre, auteur, année, technique, dimensions et numéro. En réalité, c’est l’outil le plus rapide pour éviter les légendes sur un jeu de cartes. Elle nous dit ce que conserve une institution, comment elle identifie l’objet et quelles données elle considère comme fiables ou approximatives. L’astuce est de ne pas lire le titre comme toute l’histoire. « Tarot de Marseille » ou « tarot Conver » peuvent être des noms de classification ; l’exemplaire physique peut avoir été produit à une autre date ou être une réédition d’un modèle antérieur.

Prenons une notice de la Bibliothèque nationale de France sur un jeu associé à Conver. Le catalogue enregistre le contenu visuel, la technique de gravure sur bois avec couleur appliquée au pochoir, soixante-dix-huit cartes, des dimensions et des notes au dos. Elle contient aussi la mention « N.as Conver 1760 ». Lue hors contexte, la date semble clore le dossier. Une autre notice de la BnF catalogue une réédition moderne du modèle, produite par A. Camoin entre 1890 et 1899. Une troisième décrit un exemplaire Camoin de 1890–1900 qui porte l’ancienne mention et un timbre fiscal de 1890. Les trois notices réunies en apprennent davantage qu’un seul numéro.

Commencez par l’identifiant

Le numéro de catalogue ou l’ARK permet de revenir à la même notice. Copiez cb43706229t pour le premier jeu et ne le remplacez pas par un résultat de recherche au titre similaire. Deux notices peuvent appeler « tarot Conver » des objets différents. La Morgan utilise une cote différente, MS M.630.1–35, pour trente-cinq cartes Visconti-Sforza qu’elle conserve. L’identifiant n’est pas le numéro d’une carte dans le jeu ni la position d’un arcane : c’est une adresse institutionnelle stable pour citer l’objet.

En enregistrant la référence, copiez aussi l’institution. Un identifiant qui commence par cb à la BnF et une cote comme M.630 à la Morgan appartiennent à des systèmes différents. Si vous publiez ensuite une comparaison, le lecteur pourra ouvrir chaque notice et vérifier les affirmations. Un lien vers une recherche générale sur Google peut changer ; le lien permanent du catalogue est beaucoup plus fiable pour une carte précise.

Qui a donné le titre ?

Un titre entre crochets dans un catalogue peut être une description attribuée par l’institution, et non des mots imprimés sur la boîte d’origine. Vérifiez les notes avant de le citer comme titre historique. La BnF parle dans ses notices de « jeu de tarot à enseignes italiennes de Marseille, dit tarot Conver » et de « réédition moderne » du même modèle. Ces expressions racontent une relation catalographique. Nous ne devons pas transformer « dit » ou « sur le modèle de » en preuve qu’un fabricant ait imprimé exactement ces mots sur la couverture.

La différence compte lorsqu’on répond à une question fréquente : « À quoi ressemblait le tarot original de Conver de 1760 ? ». Si la pièce citée est une réédition postérieure, l’appeler original induit en erreur. Pour bien répondre, indiquez la date et la nature de chaque exemplaire, et permettez au lecteur d’ouvrir la notice du catalogue. Il pourra ainsi vérifier ce qui est conservé et ce qui a été reconstruit ou réédité.

Lisez la description matérielle avant de regarder les interprétations

La notice de la BnF indique 11,9 par 6,2 centimètres pour un exemplaire Conver ; la réédition Camoin a d’autres dimensions et seulement cinquante-huit cartes conservées dans la notice citée. Les chiffres nous disent quel objet a été inventorié, non ce que l’on éprouvait à battre le jeu complet d’origine. Technique et support aident à comparer : gravure sur bois, couleur au pochoir, dos avec un motif. Si une autre page montre une photo agrandie, vous ne pouvez pas en déduire les dimensions sans revenir au catalogue.

La Morgan catalogue trente-cinq cartes peintes de l’ensemble Visconti-Sforza ; le nombre ne signifie pas que le jeu historique ait été conçu avec seulement trente-cinq cartes. Le champ de description matérielle parle de la portion conservée par cette institution. Dans pourquoi des jeux de cartes incomplets subsistent on explique comment distinguer le décompte de l’ensemble, les cartes rescapées et les fac-similés.

C’est dans les notes qu’apparaît l’histoire difficile

Beaucoup de lecteurs s’arrêtent à l’en-tête et manquent les notes. C’est là que peut se trouver l’information décisive : une inscription sur le Deux de Deniers, un dos alternatif, un timbre ajouté ou des annotations manuscrites. Dans la notice BnF d’une édition Camoin fondée sur Conver apparaissent à la fois l’ancienne mention, un timbre fiscal bleu de 1890 et des notes divinatoires postérieures. La notice d’autorité de Nicolas Conver signale la divergence entre « 1760 » et la vie du fabricant. Si nous ne citons que le titre et la première date visible, nous racontons une histoire impossible.

Les notes peuvent distinguer l’observation de l’interprétation. « On lit telle inscription » est une description. « On l’attribue à tel atelier » est une proposition catalographique qui peut être révisée. « Probablement » exprime un degré de certitude. Conservez ces mots lorsque vous résumez. N’éliminez pas la prudence pour rendre la phrase plus catégorique ; la prudence fait partie de la donnée.

Qu’est-ce qu’une source primaire ici ?

L’objet conservé est la source matérielle primaire. Sa notice institutionnelle est une description experte de cet objet, avec des décisions curatoriales. Une réédition moderne est une source primaire de sa propre production, mais elle ne remplace pas la carte ancienne dans ce qu’elle a recréé. Une boutique qui annonce un jeu de cartes peut apporter des données sur son édition ; pour dater l’objet qu’elle dit reproduire, il faut revenir à l’institution. Ces distinctions permettent d’utiliser chaque source pour l’affirmation qu’elle étaye réellement.

Si vous comparez des usages divinatoires, une annotation manuscrite sur un exemplaire peut être une preuve d’une intervention de lecture, à condition que le catalogue la documente et que sa date soit étudiée. Elle ne prouve pas que le jeu ait été fabriqué à l’origine dans ce but. Du jeu à la cartomancie explore cette transition avec des documents, mais le principe se voit déjà dans les notices de la BnF.

Une méthode en cinq champs pour vos notes

Pour chaque notice, notez l’institution et l’identifiant ; le titre tel que le donne le catalogue ; la date proposée pour l’objet et les dates inscrites séparément ; la technique, la taille et le nombre de pièces ; les notes de provenance, de dos et d’interventions. Terminez par une phrase disant ce que la notice NE permet PAS d’affirmer. Exemple : « Cette notice décrit une réédition Camoin de 1890–1899 ; elle ne prouve pas que ses cinquante-huit cartes conservées aient été imprimées en 1760 ». Cette phrase protège vos notes contre de futures simplifications.

Le catalogue ne remplace pas l’observation. Ouvrez les images si elles sont disponibles et vérifiez que la notice correspond à l’objet que vous étudiez. Une photographie de musée, un schéma explicatif et une reconstitution montrent des choses différentes. Avant d’en utiliser une comme preuve, lisez sa légende et ses crédits : un schéma peut clarifier les parties de la notice, mais il ne documente pas l’aspect matériel de la carte historique.

Lire lentement pour bien raconter

Une bonne notice ne répond pas à toutes les questions, mais elle évite beaucoup de fausses réponses. Elle nous oblige à séparer nom, objet, modèle et édition. Elle révèle aussi des incertitudes qu’un texte grand public a tendance à effacer. Pour connaître le tarot historique, ce petit travail de lecture est plus fécond que de mémoriser une date spectaculaire. Il permet de dire « nous ne le savons pas avec cette notice » et de localiser exactement quel document serait nécessaire pour avancer.

Sources consultées