Sabio Tarot · Histoire et curiosités
Les quatre enseignes italiennes dans les premières cartes de tarot

Coupes, épées, bâtons et deniers apparaissent dans de nombreux jeux que nous appelons aujourd’hui tarot. Pour qui apprend à tirer les cartes, chaque enseigne s’accompagne souvent d’un champ d’interprétation : émotions, conflits, action ou ressources. Dans l’histoire matérielle, la première question est plus simple et plus vérifiable : comment le jeu était-il organisé et quelles cartes de chaque enseigne survivent ? Les symboles appartenaient à un système de cartes à jouer avant de devenir un vocabulaire de lectures personnelles. Examiner cette structure évite de raconter les significations actuelles comme si elles étaient des règles documentées d’une partie du XVe siècle.
La Morgan Library & Museum décrit, pour l’ensemble Visconti-Sforza, cinquante-six cartes réparties en quatre enseignes de quatorze : coupes, bâtons, deniers et épées. Chaque enseigne comprenait dix cartes numérales et quatre figures : valet, cavalier, dame et roi, selon la traduction que l’on emploie. Le Metropolitan Museum of Art donne la même structure générale pour une forme ancienne de tarot italien. La Bibliothèque nationale de France, en expliquant le tarot de Marseille, parle d’enseignes latines équivalentes. Ces institutions permettent de documenter la composition sans prétendre que tous les exemplaires subsistants conservent les cinquante-six pièces.
Qu’est-ce qu’une carte d’enseigne
Dans une carte numérale, la quantité peut être indiquée en répétant le signe de l’enseigne : cinq coupes, huit deniers. La figure de cour présente un personnage associé à l’enseigne et à un rang. Cette distinction est utile avant de chercher des significations. Si une carte montre plusieurs épées, comptez d’abord combien il y en a et vérifiez si la notice de la pièce confirme son identification. Si elle montre une personne avec une épée, regardez si l’institution la catalogue comme valet, cavalier, dame ou roi. L’apparence d’une édition moderne ne reproduit pas toujours exactement le titre ou les attributs d’un exemplaire ancien.
La galerie de la Morgan offre des exemples conservés des quatre signes parmi ses trente-cinq cartes : figures de coupes, deniers et épées, ainsi que des cartes numérales et de bâtons. L’ensemble complet se trouve dispersé, de sorte que nous ne devons pas déduire la survie d’une enseigne entière à partir d’une sélection en ligne. La notice principale compte les pièces conservées par ce musée ; d’autres collections conservent des pièces apparentées. Pourquoi des jeux incomplets subsistent explique comment lire ces décomptes.
Les noms changent de langue sans toujours changer d’objet
Le terme anglais staves peut se traduire par bâtons ou bâtonnets ; coins par pièces ou deniers selon la tradition éditoriale. La BnF utilise bâtons, coupes, deniers, épées lorsqu’elle parle du modèle de Marseille. Une traduction pratique ne doit pas masquer que les formes graphiques peuvent varier d’un atelier et d’une période à l’autre. La pièce d’une carte peinte italienne n’est pas matériellement le même objet qu’un denier imprimé français, même si tous deux remplissent la fonction de signe d’enseigne.
Il ne faut pas non plus transposer automatiquement une correspondance moderne des éléments. De nombreux guides associent les coupes à l’eau ou les épées à l’air ; ce sont des systèmes d’interprétation qu’une personne peut choisir. La source muséale sur la composition du jeu n’atteste que les enseignes et les rangs. Pour affirmer qu’une correspondance élémentaire était utilisée dans un contexte historique précis, il faut un document de ce contexte. Une formulation responsable distingue : « Ce jeu avait quatre enseignes » est une description de l’objet ; « dans ma méthode, je lis les coupes comme les émotions » est une proposition contemporaine.
La structure de quatorze cartes n’impose pas une image fixe
Quatre figures par enseigne et dix nombres offrent un schéma de comptage, mais ne déterminent pas exactement comment chaque carte était peinte. Une main peut tenir le signe, un champ peut recevoir une décoration, un atelier peut ordonner les figures à sa manière. Le Met rappelle que d’autres cartes à jouer européennes de la même époque présentaient des enseignes et des hiérarchies très différentes. Il convient de ne pas utiliser ces cartes non tarot comme preuve directe de l’apparence des quatre enseignes italiennes ; elles servent en revanche à comprendre que la standardisation n’a pas été universelle dès le début.
Pour comparer deux jeux, préparez un tableau avec une ligne pour chaque enseigne et des colonnes pour le nombre de cartes conservées, les signes visibles, les figures de cour et la technique. Laissez une case vide lorsque l’original n’est pas conservé ou que la notice ne l’identifie pas. Si votre jeu moderne comble le vide par une recréation, signalez cette différence. L’exercice enseigne davantage que mémoriser une liste de mots-clés, car il relie chaque affirmation à un objet.
De l’enseigne du jeu à l’enseigne d’une lecture
Lorsque vous réalisez un tirage aujourd’hui, les enseignes peuvent fonctionner comme des lentilles de conversation. Les coupes peuvent inviter à s’interroger sur les liens ou les sentiments ; les épées sur le langage et les décisions difficiles ; les bâtons sur le mouvement ; les deniers sur les ressources. Ce sont des associations d’une méthode actuelle, non des résultats que la carte vérifie à elle seule. La même carte peut soulever des questions différentes selon la position et le contexte. Si la consultation porte sur l’argent, ne remplacez pas des chiffres, des contrats ou un conseil professionnel par un prétendu « message des deniers ».
La pratique peut enrichir le regard historique sans l’absorber. En sachant que chaque enseigne comportait des figures de cour et des nombres, vous comprenez mieux la structure avec laquelle travaille votre jeu. En comparant une carte peinte avec une édition imprimée, vous découvrez des choix de design qui affectent votre lecture visuelle. Cartes peintes et cartes imprimées explique ces différences techniques. L’histoire n’impose pas un sens unique ; elle vous oblige à savoir d’où vient chaque strate.
Un exercice de quinze minutes
Ouvrez la page de la Morgan et choisissez une carte numérale de coupes et une figure d’une autre enseigne. Notez uniquement des observations visibles : nombre de signes, position, couleurs de la photographie et nom donné par le catalogue. Consultez ensuite la notice principale pour les situer parmi les cinquante-six cartes d’enseignes décrites. Enfin, comparez avec les cartes équivalentes d’un jeu actuel. Écrivez ce que l’édition nouvelle a ajouté. N’appelez pas « détail original » quelque chose que vous n’avez vu que dans votre propre jeu.
Répétez l’exercice avec la description par la BnF d’un tarot de Marseille si la tradition imprimée française vous intéresse. L’institution précise la technique, les dimensions et le nom du fabricant pour des exemplaires concrets. Une ressemblance entre signes n’implique pas une identité de date ou d’atelier. Le travail commence par l’objet, non par un collage d’images anonymes. Une icône contemporaine de coupe peut servir dans une infographie didactique, à condition qu’elle soit étiquetée comme telle et non présentée comme la photographie d’une pièce historique.
Une manière précise de compter les quatre enseignes
Les quatre enseignes italiennes constituent une partie structurelle de jeux de tarot anciens documentés par des musées. Leurs cartes numérales et de cour permettaient de jouer ; leurs images ont circulé et changé ; leurs significations de lecture se sont développées dans d’autres contextes. Ces affirmations peuvent coexister si nous ne confondons pas fonction ludique, objet matériel et méthode actuelle. Quand quelqu’un demande « que signifie l’enseigne des épées ? », nous pouvons proposer une interprétation responsable. Quand il demande « à quoi ressemblait une épée dans un tarot du XVe siècle ? », nous devons ouvrir le catalogue de la carte conservée. Cette différence est la base d’une histoire du tarot vérifiable.
Sources consultées
- The Morgan Library & Museum, Visconti-Sforza, MS M.630.1–35. Structure des quatre enseignes et rang des figures.
- The Morgan Library & Museum, galerie de cartes conservées. Exemples concrets de cartes d’enseignes ; la galerie n’est pas un jeu complet.
- The Metropolitan Museum of Art, « Before Fortune-Telling ». Composition générale du tarot italien ancien.
- Bibliothèque nationale de France, « Un tarot qui rebat les cartes ». Terminologie française des enseignes latines.