Sabio Tarot · Jeux et systèmes
Tarot de Marseille et Rider-Waite-Smith : quatre cartes comparées
Placez côte à côte deux Cinq de Coupes : dans un Marseille traditionnel, vous verrez des coupes et des ornements ; dans le Rider-Waite-Smith, une scène avec un personnage et des objets disposés dans l'espace. Les deux cartes occupent la même place dans un jeu de 78, mais ne fournissent pas les mêmes informations visuelles. La comparaison des systèmes commence là, avec ce qui est imprimé sur les cartes.
La famille du Tarot de Marseille comporte de nombreuses éditions historiques, comme le montre la sélection Gallica de la Bibliothèque nationale de France. Le V&A documente la contribution de Pamela Colman Smith aux arcanes mineurs illustrés du Rider-Waite-Smith. Nous comparerons des caractéristiques reconnaissables de ces familles sans prétendre que toutes les éditions reprennent exactement chaque trait ou chaque couleur.
Le Mat ou le Fou : titre, numéro et direction
Dans de nombreux jeux de Marseille, le Mat ne porte pas de numéro ordinaire dans la suite des atouts. Dans le Rider-Waite-Smith, le Fou porte généralement le zéro. Avant de transformer cette différence en signification, regardez-la comme un choix éditorial : le numéro organise la série dans l'index du livre et change l'endroit où le lecteur cherche la carte.
Décrivez maintenant le personnage de votre édition : ce qu'il porte, la direction dans laquelle il semble se déplacer et ce qui se trouve près de ses pieds. N'attribuez pas à un Marseille un détail que vous n'avez vu que sur l'autre carte. Dans une consultation sur le lancement d'un projet, les deux peuvent suggérer du mouvement, mais la justification doit s'appuyer sur l'image présente et la position du tirage, et non sur une « signification originelle » universelle.
L'Amoureux : la composition compte
De nombreuses éditions de Marseille présentent un personnage parmi d'autres personnes, sous un motif situé au-dessus d'eux ; la carte Rider-Waite-Smith propose une autre scène. Une lecture concernant un choix affectif peut voir dans le premier dessin des relations entre plusieurs personnages et, dans le second, une composition différente du lien et du choix. Dire simplement « amour » n'explique aucune de ces deux images.
Une méthode utile consiste à noter trois observations précises avant d'interpréter : combien de personnages vous voyez, comment ils sont reliés visuellement et quel élément occupe le centre. Demandez-vous ensuite ce qui changerait si la carte était en position de « ressource » plutôt que d'« obstacle ». Cette deuxième question évite de faire de l'iconographie un verdict sur une relation réelle.
La Justice : une même figure peut porter un autre numéro
Dans la convention marseillaise, la Justice porte le numéro VIII et la Force XI. Le Rider-Waite-Smith inverse ces places : la Force est VIII et la Justice XI. Le British Museum conserve une reproduction d'un dessin marseillais attribué à Conver ; le V&A conserve des exemplaires du Rider-Waite-Smith. Le numéro permet de repérer rapidement la convention suivie par un livre.
Si un manuel évoque « l'arcane VIII » sans le nommer, vérifiez d'abord le système dont il parle. Lire le mauvais chapitre peut donner l'impression d'un profond désaccord d'interprétation alors qu'il s'agit d'un problème d'index. L'image de la Justice invite toujours à observer la balance, la posture et les autres détails de l'édition concernée ; un changement de numéro ne la transforme pas automatiquement en Force.
Le Cinq de Coupes : carte numérale face à une scène
Cette comparaison éclaire la différence la plus pratique pour les débutants. Dans un Marseille dont les cartes des enseignes ne représentent pas de scènes, vous travaillez avec l'enseigne, le nombre, la disposition des coupes, les ornements et les cartes voisines. Dans le Rider-Waite-Smith, un personnage et une situation apportent d'autres indices narratifs. Le Met rappelle que les anciennes cartes numérales indiquaient leur valeur par la répétition du symbole ; le V&A explique l'importance ultérieure des mineurs illustrés par Colman Smith.
Supposons que la carte sorte en position de « ce que j'ai déjà observé ». Avec Marseille, vous pouvez commencer par « cinq coupes, une composition à décrire, une enseigne associée aux affects dans ma méthode », puis vérifier les cartes voisines. Avec le Rider, vous pouvez ajouter « personnage, posture, coupes placées différemment » si ces éléments apparaissent sur votre exemplaire. Aucune de ces lectures ne doit affirmer un événement précis concernant une autre personne à partir de cette seule carte.
Quel système choisir pour étudier ?
Choisissez un système dont vous parvenez à décrire aisément le langage visuel, ainsi qu'un manuel qui indique l'édition utilisée. Si les rapports entre nombre et composition vous attirent, un Marseille peut offrir un riche terrain d'observation. Si les scènes d'action vous aident, le Rider-Waite-Smith propose de nombreux points de départ. Vous pouvez étudier les deux, à condition de noter de quel jeu vient chaque association pour ne pas attribuer à une image ce que vous avez appris en regardant l'autre.
La comparaison laisse une règle simple : lorsqu'une explication mentionne un détail absent de votre carte, vérifiez s'il vient d'un autre système. Poursuivez avec comment reconnaître votre jeu et pourquoi la Justice et la Force changent de numéro.
Une cinquième comparaison : le Dix de Bâtons dans une question précise
Imaginons que vous demandiez : « Que devrais-je examiner avant d'accepter un autre projet ? » Vous choisissez pour la carte la position « coût peu visible ». Dans le Rider-Waite-Smith, vous pouvez décrire un personnage portant plusieurs bâtons. L'hypothèse d'une charge s'appuie sur son geste et sur la position choisie. Avec un Marseille, il ne faut pas inventer ce personnage : observez les dix bâtons, leur disposition et la fin d'une série numérique. À partir de votre méthode, demandez-vous si l'accumulation de tâches laisse de la place pour la nouvelle. Dans les deux cas, l'action pratique consiste à vérifier vos ressources et vos engagements réels, mais les justifications visuelles diffèrent.
Changer de position modifie également la réponse. Si la même carte sort en « ressource que je possède déjà », elle peut inviter à reconnaître votre expérience pour soutenir une tâche, ou à examiner l'aide dont vous avez besoin. Aucun des deux jeux ne dicte si vous devez accepter ou refuser le projet. La carte sert à formuler une hypothèse que vous vérifierez à l'aide des informations du travail.
Cet exemple évite de proclamer une supériorité illusoire d'un système sur l'autre. Une scène offre une entrée intuitive ; une composition de symboles demande d'expliciter le nombre, l'enseigne et la relation aux autres cartes. Une méthode peut être plus confortable pour une personne, mais aucune preuve historique n'établit que l'une serait « la vraie lecture » et l'autre une déviation.
Trois erreurs lorsqu'on passe d'un jeu à l'autre
La première consiste à copier des détails absents : parler d'un personnage vu de dos dans un Marseille qui n'imprime que des coupes. La deuxième est d'appliquer un numéro isolé sans vérifier la Justice et la Force. La troisième est de supposer qu'un mot du manuel appartient depuis toujours à l'image. Les histoires présentées par le V&A et le Met rappellent que les usages et le vocabulaire du tarot ont évolué.
Pour corriger ces erreurs, gardez une fiche de comparaison pour chaque carte. Notez l'édition de chaque jeu, le titre, le numéro, trois détails visibles et une interprétation provisoire dans une même position. Si les deux lectures se ressemblent, précisez quelles observations distinctes vous ont conduit à cette idée. Si elles divergent, ne forcez pas une synthèse. Chaque jeu rend peut-être visible une question différente.
Cette pratique vous aide aussi à choisir un guide adapté. Si vous étudiez le Cinq de Coupes de Marseille, vérifiez que l'explication ne présuppose pas la scène du Rider. Si vous utilisez le Rider-Waite-Smith, demandez au livre de décrire ce que montre cette illustration. Une phrase générique commune aux deux versions vous laisse sans méthode.
Sources consultées
- Sélection de tarots de Marseille, Bibliothèque nationale de France. Consultée le 26-09-2026.
- « A history of tarot cards », Victoria and Albert Museum. Consulté le 26-09-2026.
- Tarot reproduisant un dessin de Nicolas Conver, British Museum. Consulté le 26-09-2026.
- Tim Husband, « Before Fortune-Telling », Metropolitan Museum of Art. Consulté le 26-09-2026.